Etienne Lavigne
MA DEMARCHE ARTISTIQUE




















Ma démarche est tout d’abord pratique, sensible et expérimentale, attachée à la vie propre des formes, des couleurs et matières.
La terre, les pigments, les végétaux, les papiers, l'activité manuelle me permettent d'enraciner la démarche dans un monde concret, proche.
Mon univers se nourrit de souvenirs d'enfance (ah ! la belle couleur du pisé dans le soleil couchant), de voyages (l’immersion dans le bleu des mosquées d’Iran), d'expériences, mais surtout de la rencontre essentielle d’œuvres d'art qui inspirent, "donnent envie".
Il y a l’art pariétal, l’aube de l’art, les peintures aborigènes, avec les terres colorées qui expriment le temps du rêve, l’art géométrique de l’islam. Mais surtout la rencontre des œuvres de Malevitch, Soulages, Albers, Hartung, Rothko…et bien d’autres : j’éprouve un attrait certain pour les formes de l’abstraction, l’abstraction géométrique, l’abstraction lyrique..
Les "images" sont celles d'un monde auquel le travail artistique permet d’accéder, comme si le regard était tourné non plus vers l’extérieur immédiat (que j’ai aussi longtemps représenté) mais vers un espace autre, perceptible mais imaginaire comme l’abstraction qu’est aussi la musique.
Ces images ne sont que rarement nommées : chacun peut aussi y trouver un chemin, source d'un dialogue.
Ma pratique est bien souvent méditative mais très pratique, concrète, car c’est un travail. Il faut ramasser les terres, les affiner, fabriquer les papiers… En créant les images parfois il faut de l'ordre, de la géométrie, mais quand il y a trop d'ordre, alors il faut de la vie, du mouvement.
Quand il fait trop chaud il faut un peu de fraîcheur. Trop d'obscurité, de la lumière....ainsi chaque "image" est un monde.
Et puis parfois un motif semble s'imposer, alors laisser faire, l'aider à venir, architectures, clairs obscurs....une autre "géographie" intime.
Il ne peut y avoir de recette, de préconçu rigide ni de répétition, tout au plus une série limitée.
LES "PAPIERS"
La création des papiers constitue un aspect essentiel, premier : papiers fabriqués dans l’atelier, papiers reconstitués (collés, recyclés…), froissés, marouflés offrent textures et mouvements complexes ou réguliers.
L’élaboration des papiers à partir de végétaux, à commencer par ceux du jardin, est une véritable exploration : artichaut, bananier, iris, hémérocalle…chaque type de végétal possède personnalité propre que les différents type de fabrication révèlent.
Les papiers froissés, plissés, recombinés, recyclés sont aussi des moyens d’élaborer des surfaces animées, composées, inattendues, sombres ou claires.
Ainsi il ne s’agit plus seulement de supports, inertes comme peut l’être une toile, mais déjà d’un espace qui existe : formes libres ou géométriques, textures et matières, calme ou tempête....
Pigments et terres peuvent s’y déposer, se superposer, guidés pour permettre à une image de se manifester, libre et ouverte au sens que l’on voudra bien lui donner.

LES TERRES ET PIGMENTS
En parcourant les campagnes, chemin faisant, les talus, bords de chemins, éboulements, roches cassées offrent d'innombrables petits "paysages" faits de terres colorées entremêlées, stratifiées, plissées...Voilà une porte entrouverte sur des formes et des couleurs évocatrices d'un monde caché où forces et lumière sont contenues.
Les terres récoltées en voyages proches ou lointains, les pigments minéraux, constituent une matière "primitive" inspirante qui a traversé toute l'histoire de l'art.
Dans l’atelier il y a le travail de les décanter, affiner, broyer. Mais c'est un moyen simple, presque écologique, pour se procurer les couleurs.
C'est aussi une façon d'ancrer les images dans le souvenir...Iran, Roussillon, Grèce, Pyrénées ...
Entrer dans cette palette des couleurs minérales parfois « lourdes » oblige à mettre en jeu leurs ressources plastiques : transparences et opacités, contrastes et clair-obscur, lumières, densités, froid et chaleur…
Bruns, rouges intenses, ocres, violets, gris verts, blancs nacrés…autant de couleurs comme emprisonnées dans le sol mais qui affleurent, prêtes à prendre vie sur la toile si le peintre promeneur s’en empare.
Les végétaux offrent une tout autre palette : garance, coréopsis, bois de Campêche, oignon…A l’instar des fibres végétales des tissus, elles permettent de colorer les fibres végétales destinées au papier.
Et le bleu, si rare et précieux sous sa forme minérale (azurite, lapis lazuli…) est apporté par l’indigo que l’on peut nuancer subtilement.
La rencontre des couleurs minérales et des couleurs végétales est alors un monde !
Une petite vidéo
Ci dessous le lien vers une vidéo de l'exposition partagée dans la galerie de Shahla Moazezzi, au printemps 2021, à Pau : un peu ancienne elle évoque quelques aspects de notre démarche toujours actuels.
Etienne Lavigne Février 2025

